Il doit remplacer le Charles-de-Gaulle. Emmanuel Macron a donné le coup d’envoi, dimanche 21 décembre, de la construction du futur porte-avions français. Il “sera l’illustration de la puissance de notre nation, puissance de l’industrie, de la technique, puissance au service de la liberté sur les mers et dans les remous du temps”, a assuré le chef de l’Etat lors du Noël partagé avec les troupes à Abou Dabi (Emirats arabes unis). “Future pièce maîtresse de nos forces armées, il assurera la projection de puissance depuis la haute mer, avec une mise en service prévue en 2038”, a complété Catherine Vautrin, ministre des Armées, sur X. Voici ce que l’on sait de ce projet, baptisé PA-NG, pour “porte-avions de nouvelle génération”.
Près de 80 000 tonnes, 310 mètres de long, 2 000 marins…
Le projet, qui “a vocation à être déployé rapidement pour des missions de dissuasion, de coercition ou d’intervention”, selon le ministère, a été lancé en 2018. Comme le Charles-de-Gaulle, ce nouveau porte-avions sera à propulsion nucléaire. Et beaucoup plus massif que l’actuel. Il fera 78 000 tonnes pour environ 310 mètres de long, contre 42 000 tonnes pour 261 mètres pour le Charles-de-Gaulle, décrit le ministère des Armées sur son site. Il pourra voguer à 27 nœuds, avec un équipage de 2 000 marins, et pourra embarquer 30 avions de combat. Alors ministre des Armées, Sébastien Lecornu l’avait qualifié, en avril 2023, de “monstre flottant” et de “cathédrale de technologie”.
“Ce projet ne duplique pas le passé, a assuré le général Fabien Mandon, chef d’état-major des Armées, lors d’une audition devant la commission sénatoriale de la Défense, le 5 novembre. Il faut penser la puissance aérienne en associant un ensemble plus large que les seuls avions, en y associant en particulier les drones de tous types. Nous devons réfléchir à l’évolution de ce système.”
Le porte-avions pourra ainsi embarquer des Rafale F5, future version connectée de l’avion de combat, a fait savoir l’amiral Nicolas Vaujour, chef d’état-major de la Marine, lors de la même audition. Mais aussi “six hélicoptères, deux à trois avons de guet, une trentaine de Rafale Marine, des drones de surveillance, de ravitaillement et même de combat”, ajoute Le Monde.
Pour envoyer les avions dans le ciel, il sera également équipé d’une catapulte à système électromagnétique (de type “Emals”), là où la plupart des catapultes classiques des porte-avions fonctionnent à la vapeur, une technologie moins performante. “Le porte-avions nouvelle génération ne contraint pas la masse de l’avion du futur – nous serons capables, grâce aux Emals, de catapulter jusqu’à 40 tonnes”, a dépeint Nicolas Vaujour.
L’implication de 800 entreprises, pour un coût de 10 milliards d’euros
La construction de ce porte-avions va se dérouler sur les chantiers de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Elle impliquera Naval Group, comme l’explique l’entreprise sur son site, mais aussi le Commissariat à l’énergie atomique (CEA). “Nous assurons la comaîtrise d’ouvrage avec la direction générale de l’armement. Naval Group et Chantiers navals de l’Atlantique se partagent la maîtrise d’œuvre”, expliquait au Monde Laurent Sellier, directeur de la propulsion nucléaire à la direction des applications industrielles du CEA.
Le lancement officiel annoncé par Emmanuel Macron va permettre de passer tous les contrats indispensables à la réalisation du projet, relève-t-on à l’Elysée. “Je serai le garant de cet engagement” envers les 800 entreprises concernées, a ainsi souligné le chef de l’Etat, en précisant qu’il se rendrait sur le chantier en février. “Le porte-avions représente 14 000 emplois, 90% d’investissement dans nos territoires, des entreprises partout en France – les lingots d’acier destinés aux chaudières nucléaires dans le Puy-de-Dôme, les pompes nucléaires primaires à Maubeuge, la conversion énergie vapeur à Annecy, etc”, a cité Nicolas Vaujour. Coût de l’opération : sur le site du Sénat, le projet de loi de finances 2025 évoquait un budget de 10,2 milliards d’euros.
L’objectif est que ce nouveau porte-avions soit opérationnel en 2038, pour prendre la suite du Charles-de-Gaulle. Ce dernier avait en effet été mis en service en 2001, comme le rappelle l’INA, et conçu pour durer une quarantaine d’années. Et si, comme doit le décider une étude sur le Charles-de-Gaulle pendant son futur arrêt technique majeur en 2029, la durée de vie de ce dernier peut être prolongée, la France serait dotée, un temps, de deux porte-avions.
Une réponse face à de “nouvelles menaces”
Un porte-avions est un “outil d’ensemble, politique, diplomatique et militaire sans équivalent. Il participe au maintien du rang de la France comme membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et en tant que puissance militaire de premier rang”, met en avant un rapport sénatorial datant de juin 2020. En 2025, la demande semble plus pressante encore : “A l’heure des prédateurs, nous devons être forts pour être craints”, a justifié Emmanuel Macron depuis Abou Dabi. “Il y a de nouvelles menaces, de nouveaux environnements”, avait assuré Fabien Mandon, le 5 novembre.
La Russie est particulièrement citée. “En 2010, il y avait 27 porte-avions dans le monde ; en 2030, il y en aura 37. On assiste à une prolifération dans ce domaine. (…) Seuls les Russes n’en ont pas, c’est une de leurs faiblesses, qu’il nous faut exploiter”, avait argumenté devant le Sénat Nicolas Vaujour. De quoi faire écho à l’alerte donnée par le général Fabien Mandon, le 22 octobre, affirmant que l’armée française devait être “prête à un choc dans trois, quatre ans” face à la Russie.
Mais la nécessité d’un nouveau porte-avions dans ce contexte précis est remise en question par certains. “Un conflit avec la Russie serait très essentiellement terrestre, aéroterrestre. La dimension navale serait quand même extrêmement limitée. On peut envisager des moyens peut-être plus simples à moyen terme que le déploiement d’un porte-avions qui suppose un groupe aéronaval, donc une empreinte logistique très importante, plus peut-être une vulnérabilité un peu plus importante aux défenses antinavires russes”, explique à France 2 Léo Péria-Peigné, chercheur à l’Institut français des relations internationales.
“Il est tout à fait utile de l’avoir, pour la guerre de demain non, mais pour la guerre d’après-demain”, a de son côté fait valoir le général Vincent Desportes, auprès de franceinfo. “Nous avons la deuxième zone économique exclusive” marine au monde, “il faut la protéger”.


