Présidentielle 2027 : les maires et les parrainages

Trente-deux prétendants sur la ligne de départ. Et pour tous, un impératif : recueillir les 500 signatures de maires et d’élus locaux, issus d’au moins 30 départements différents, pour devenir officiellement candidats.

Face à cet embouteillage, les équipes de campagne s’affairent déjà. Dès le début de l’été 2026, elles se sont lancées en quête du précieux sésame, alors même que la période officielle de recueil des parrainages ne s’ouvrira qu’en janvier ou en février 2027. « Ça n’arrête pas », s’amuse Jean-Paul Boulanger, maire sans étiquette de La Houssière (Vosges). « On reçoit des mails, des courriers. C’est plutôt bien fait : il y a même un formulaire pour faciliter la démarche. »

Pas question pour autant de précipiter son choix : « Ce n’est pas la priorité. Avant les signatures, les habitants me parlent des factures d’électricité qui augmentent ou de l’horloge du clocher qui ne fonctionne plus… »

Si les prétendants à l’Élysée s’activent, c’est aussi parce que la campagne sera longue. Quelles que soient leurs sensibilités, les candidats ne pourront pas tous se maintenir jusqu’au premier tour. Chacun espérant être celui autour duquel les autres finiront par se rallier, mieux vaut avoir ses parrainages, quitte à prendre les devants.

« C’est vrai qu’ils s’y prennent tôt, remarque Christophe Bouillon, maire DVG de Barentin (Seine-Maritime). C’est nouveau qu’on soit sollicités dès l’été. » Surtout, l’édile voit un autre effet de cette multiplication des candidats : la pression qu’elle exerce sur les petites communes.

Un équilibre local fragile

En France, les communes de moins de 2 000 habitants représentent 80 % des municipalités, soit près de 30 000 signatures potentielles. « Mécaniquement, les candidats en ont fait leur cible prioritaire », appuie Christophe Bouillon, également président de l’Association des petites villes de France. Or, c’est précisément dans ces petites localités que les maires sans étiquette sont les plus nombreux, loin des grandes batailles idéologiques qui agitent le Parlement.

« Beaucoup d’édiles construisent toute l’année un équilibre fragile autour d’un consensus, reposant sur la bonne gestion communale. Et là, vous croisez les doigts : “Pourvu que cela ne mette pas le feu à mon conseil municipal.” Chez nous, les maires, certains se disent : “On se serait bien passés de cette échéance.” »

L’irruption de cette séquence nationale dans la politique locale peut ainsi devenir un casse-tête. À Fréchède, petite commune verdoyante d’à peine 50 âmes dans les Hautes-Pyrénées, Pascale Abadie a, elle, réglé le problème : aucun parrainage ne sera accordé pour ce cru 2027.

Au printemps, elle a reçu deux émissaires. L’un défendait les couleurs de Nathalie Arthaud, candidate de Lutte ouvrière et habituée de l’exercice puisqu’il s’agit de sa quatrième campagne présidentielle. Quant à l’autre, Pascale Abadie en a déjà oublié le nom. « Ils se sont présentés poliment au nom de leur candidat, avec un petit imprimé, et je les ai reçus. Mais j’ai été claire : pas de politique nationale chez moi. Je ne donnerai pas mon parrainage. »

« Pourvu que cela ne mette pas le feu à mon conseil municipal. »

Le calendrier n’arrange rien. Élues en mars 2026, les nouvelles équipes municipales viennent tout juste d’être constituées. Il faut encore, pour certaines, apprendre à travailler ensemble et, au sortir de campagnes parfois houleuses, laisser retomber les tensions avec l’opposition. « Le parrainage risque de nous replonger dans des batailles politiciennes », reconnaît Pierre-Louis Brière, qui vient de ravir la mairie de Magny-les-Hameaux (Yvelines), à la tête d’une liste transpartisane réunissant « des gens qui ont toujours voté à gauche et d’autres qui ont toujours voté à droite ».

Il a donc choisi d’en discuter avec ses élus. « Ils se sentiront ainsi libres de ne pas être associés à mes convictions personnelles », détaille-t-il. Mais il ne dérogera pas à sa tâche, et compte bien offrir son soutien – peut-être à l’automne – en décidant seul, comme la loi l’y oblige.

Un système à revoir ?

Reste une question : cette responsabilité doit-elle continuer à reposer sur les épaules des élus ? Certaines voix appellent depuis plusieurs années à réformer le processus de sélection. La France insoumise préconise ainsi de remettre une partie de la décision entre les mains des citoyens, avec un système de parrainage populaire permettant à 150 000 électeurs de qualifier un candidat. Un dispositif que la formation de Jean-Luc Mélenchon juge plus démocratique.

« Mais attention », s’oppose Boris Ravignon, maire DVD de Charleville-Mézières (Ardennes). À ses yeux, retirer ce pouvoir aux maires reviendrait à éloigner encore un peu plus la politique nationale de ses relais locaux, et en particulier de ces élus municipaux qui continuent à échapper au large mouvement de défiance à l’encontre de la classe politique.

5 dates à retenir

  • 12 mars 2027. Date limite de transmission des parrainages au Conseil constitutionnel.
  • 16 mars. Publication officielle des candidatures validées.
  • 5 avril. Début de la campagne officielle.
  • 18 avril. 1er tour de l’élection présidentielle.
  • 2 mai. 2nd tour de l’élection présidentielle.